Sunday, January 24, 2010

Signal to noise de Neil Gaiman et Dave McKean (Bloomsbury) 1989

Décliné en pièce de théâtre et en émission radiophonique et peut-être, aussi, bientôt, en film, Signal to Noise fut d'abord une collaboration entre Dave McKean et Neil Gaiman commandé à McKean pour le magazine The Face dont la publication a pris fin, de son plein gré, à la fin des années 80. Jugeant que son rôle était accompli et que franchir le seuil des années 90 ne pourrait que ternir la réputation de porte parole des années 80, le contenu éditorial se préparait à tourner la page derrière une décennie satisfaisante. La commande se voulait liée alors à l'avenir et les deux auteurs étaient déterminés, comme ils l'expliquent dans l'introduction, a éviter tout les clichés possibles.

Avec Signal to noise, ce couple de créateur fait de son union un chef d'œuvre aussi poignant que Violent cases ou Cages sur la fin de la vie et comment l'appréhender. Un réalisateur de renom apprend qu'il ne reste que quelque mois à vivre. D'abord déterminé à s'isoler complètement et a abandonner le projet de film qu'il comptait réaliser, il retourne à l'écriture et commence à rédiger le scénario d'un film sur la fin du monde.


Superbement illustré par le graphisme de McKean, entre onirisme et photo réalisme, les mots choisit par Neil Gaiman dépeignent autant un absolu insaisissable dans lequel l'imagination du réalisateur se plonge en tentant de donner du sens à son existence sur le point de s'achever tandis qu'il donne naissance à une nouvelle œuvre. L'alternance entre la vie de l'auteur et les épisodes du scénario rappellent la double narration métaphorique du Watchmen de Moore et Gibons pour en atteindre la puissance de l'union du littéraire et du graphique qui font la richesse de ce médium.

En atteignant la dernière page, le conflit entre la vie et la mort n'est jamais résolu car s’il faut tenir une leçon de cet ouvrage c'est celui que la fin du monde est inéluctable pour chacun de nous sans que la vie ne cesse pour autant d'exister. La complémentarité de la vie et de la mort trouve dans Signal to noise une poésie douloureuse mais apaisé dont la lecture ne cesse de fasciner une fois achevé. On comprend alors aisément pourquoi tant d'adaptation ont succédé la publication de cette histoire dont le terme de "graphic novel", comme le souligne en introduction Jonathan Caroll, est bien trop limité pour les illustrations de McKean à mi-chemin entre la narration et le tableau. Alors, à quand Signal to noise : l'exposition?

DMZ vol. 7 : War and powers de Brian Wood, Riccardo Burchielli, Kristian Donaldson & Nikki Cook (Vertigo) 2009


Quand j'ai écris mon article précèdent sur DMZ, la série ne faisait que commencer et j'y voyais des points communs avec Transmetropolitan, autre série publié par Vertigo où le protagoniste est un journaliste. Or, quand dans War Powers, le septième recueil de la série, Matt Roth se retrouve au coeur d'une intrigue politique complexe, la comparaison entre les deux histoires pourraient encore être pertinente. Toutefois, si comparaison il y a, ce n'est que pour souligner l'originalité de DMZ par rapport à sa présumé source d'inspiration.

L'amitié entre Warren Ellis et Brian Wood n'est pas a discuter. Les deux auteurs s'apprécient et vantent les mérites de leurs diverses séries respectives. En revanche, aucun ne copie l'autre car leurs deux histoires sont situés dans des contextes totalement différent.

Spider Jerusalem, clone futuriste de Hunter S. Thompson était la voix de la raison face à la violence, la stupidité et la corruption. Matt Roth en revanche n'est la voix de la raison de personne. Beaucoup moins expérimenté que son équivalent cyber punk, ce journaliste seul contre tous débouche à la fin de ce volume sur une conclusion totalement différente de celle d'un Spider Jerusalem. Jeune et perdu dans un univers sur lequel il pense avoir une emprise sans savoir laquelle, Roth est l'opposé du scénariste de son histoire puisque Wood tire ici tout les fils narratifs qu'il a disposés depuis six volumes pour ne former qu'une pelote encore plus complexe.

Divisé en deux histoires, ce volume commence avec l'histoire d'un campement militaire neutre mis au pied du mur par leur peur et leur naïveté. Illustré par Kristian Donaldson (Supermarket, Forsaken), son trait rectiligne se focalise sur les personnages et délaissent les décors de la base militaire pour souligner les nombreux personnages introduit l'espace de cette courte histoire. Une fois celle-ci terminé, les cinq suivants plongent de nouveau Roth dans la DMZ puisqu'il est obligé de contacter de nombreuses personnalités rencontrés lors des volumes précédents pour le compte du nouveau président élu démocratiquement.

A l'issu de ce volume, Roth s'engage alors dans une nouvelle direction pouvant changer considérablement le ton de la série. Un retournement dont seul un auteur comme Brian Wood est capable grâce à sa maitrise de ce qu'il a crée patiemment et qu'il avait surement prémédité depuis le début de la série. La fin de l'histoire de Matt Roth n'est donc pas encore proche mais qu'importe puisque la série évoluera avec sa vie et de celle de l'Amérique désuni.

JSA (Joint Security Area) de Park Chan-wook (2000)


Sortie il y a dix ans, Joint Security Area (J.S.A.) est le premier long métrage de Park Chan-wook (réalisateur de Old Boy, Sympathy for Mr. Vengeance ou Thirst) a lui avoir valu une reconnaissance critique et public conséquente au point d'être devenu, pendant une période, le plus gros succès au box-office de l'histoire du cinéma coréen. Son importance est tel que son intrigue centré sur le conflit politico militaire entre la Corée du Nord et la Corée du Sud se prolongea dans la réalité quand un exemplaire du film fut offert à Kim Jong-Ill, actuel président de la Corée du Nord.

Cette zone de sécurité où se déroule le film est une zone démilitarisé (une DMZ) où deux postes de gardes de chaque côté de la frontière s'observent et réagissent au rythme des alertes d'attaque présumés de l'ennemi. La mort de deux soldats de Corée du Sud impliquant un soldat de Corée du Nord et un autre de Corée du Nord va alors demander l'intervention d'une enquêtrice extérieur dépêché par la Commission d'Observation des Nations Neutres. De nationalité suisse mais d'origine coréenne, le Major Sophie E. Jean (Lee Yeong-ae) commence a interroger les soldats présents lors des faits et retrace les évènements.

L'intrigue se dévoile à la fois dans le passé et dans le présent car, comme le précise le supérieur de E. Jean, le tout n'est pas de découvrir qui, mais pourquoi? Les raisons vont alors être dévoilés progressivement ainsi que les circonstances tout au long d'une intrigue où se mêlent une amitié franche et naïve prend pas sur l'appartenance de deux groupes de soldats à l'une des deux parties de ce pays divisés par la politique et une haine fondée sur la peur inculquée à tous.

Park chan-wook n'a pas encore le budget pour les effets visuels de ses derniers films (bien que les scènes "en miroirs" sont déjà présentes à plusieurs occasions) et tient donc son intrigue grâce à la performance de chacun des acteurs principaux, dont deux grandes figures alors au début de leurs carrières, Lee Buyung-hun (A bittersweet life) et Song Kang-Ho (The Host, Memories of Murder) et la complexité d'un scénario à la hauteur des sentiments de chacun divisés par la loyauté, la peur et l'amitié. En ramenant un problème politique à une intrigue fondé sur ces relations complexes, Park chan-wook fait de JSA un film exemplaire pour comprendre l'intensité et la complexité du conflit entre les deux Corée.

A la fois réaliste et idéaliste, ce drame politique transformé en intrigue policière est le point de départ d'une carrière que l'on sait toujours aussi prometteuse après avoir délivré plusieurs grands classique au septième art (Old boy et Sympathy for Mr Vengeance). Incomplet par rapport aux œuvres suivantes du réalisateur, l'intrigue et les performances de tous en font toutefois un film essentiel dans l'histoire du cinéma coréen, autant artistiquement qu'historiquement parlant, dont la tension ne s'amenuise pas jusqu'aux dernières images.

Sunday, January 17, 2010

The Mission de Johnnie To (1999)


Célébré comme l'une des plus grandes réussites de Johnnie To, The Mission est un héritier à la fois du cinéma Hong Kongais et du cinéma japonais par le biais des productions du studio Nikkatsu. En effet, les figures de truand en costard dont la camaraderie n'a d'égale que leur propension à utiliser leurs armes sont aujourd'hui des figures de proue du cinéma de Hong Kong. Mais là où la complicité dans les films de John Woo s'établit souvent entre des frères ennemis amenés a consacrer leur lien dans le sang, The Mission réussit autant à maintenir ce lien dans les scènes les plus violentes et les plus innocentes.

Engagé pour protéger un parrain de la pègre vieillissant après qu'il ai survécu de justesse à une tentative d'assassinat, le quintet de garde du corps mené par Curtis (interprété par le traditionnel compagnon de tournage de To, Anthony Wong Chau-sang), Roy (Francis Ng), Shin (Jackie Lui Chung-yin), Mike (Roy Cheung) et James (Suet Lam sans sa désormais classique moustache) s'active alors à la tâche tout en développant un lien fraternel de respect mutuel pour les qualités et les défauts de chacun.

Orchestré à merveille quand il s'agit des scènes de combat, To démontre tout autant de maîtrise dans des scènes silencieuses et comiques comme celle du foot de bureau en attendant le retour de leur patron. Toutefois, la complicité peut aussi prendre des formes plus sanglantes comme lorsque Curtis invite à une rencontre un ennemi de Roy pour le débarrasser de ce problème qui l'empêche de faire son travail correctement.

Enfin, le dernier tiers du film montre les limites de cette complicités quand Frank (joué par Simon Yam, autre grand habitué), frère du parrain protégé par le quintet, demande à Curtis de tuer l'un des membres de son ancien équipe. La mission s'est achevé mais il reste encore un travail à accomplir auquel Curtis est contraint par fidélité et implicitement aussi par la force. Dernier acte de ce film sublime, entre polar et film d'action, il conclut une intrigue complexe construite autour d'un jeu constant entre des acteurs parfait dans leurs rôles. Moins aboutit visuellement que des films plus récents de Johnnie To et accompagné d'une bande son made in ejay, The Mission ne fait par contre que briller dans tout les autres registres pour en faire un classique du film de gangster.

Triangle de Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To (2007)


Trois amis, trois histoires, trois réalisateurs. Raconté l'histoire de Triangle prendrait beaucoup trop de temps tant les histoires s'entremêlent. Autant dire simplement que l'on y parle d'une antiquité, d'une histoire d'amour et de trahison et d'un casse dont la préparation tourne mal.

Tsui Hark réalise la première demi-heure et installe tout les personnages. Presque comique, l'intrigue prend progressivement sens de tout les côtés de la ville où se déroulent les évènements. Le réalisme prend un sérieux coup quand la récupération de l'antiquité par le trio se fait sans trop de problèmes et qu'un élément du scénario pouvant donner lieu ensuite à une plus grande intrigue concernant le personnage du policier, amant de la compagne d'un des voleurs (vous voyez comme ça se complique en un rien de temps?) est abandonné par les deux réalisateurs suivant.

Les trois réalisateurs n'ont donc pas en tête de faire un polar réaliste mais de garder une certaine cohérence dans le déroulement de l'histoire, malgré leurs styles différents. Hark est beaucoup moins nerveux et complexe dans sa manière de filmer qu'à l'habitude ce qui rend sa partie beaucoup plus claire que celle de ses compères. Il n'en est aussi qu'au début de l'histoire, le chanceux.

L'arrivée de Ringo Lam dans la deuxième demi-heure précipite beaucoup de choses pour en arriver à une confrontation d'une partie des personnages dans un entrepôt abandonnée. Le personnage du mari prend alors une dimension beaucoup plus torturé qui ne sera toutefois pas exploré par la suite. De même, sa femme qui avait alors un rôle d'apprenti manipulatrice mythomane se déchaine et plus personne ne sait plus qui croire.

Arrive ensuite la troisième demi-heure, dirigé par Johnnie To, où le réalisateur retourne aux fondamentaux dans une course poursuite à travers un champ où les pistolets parlent alors plus que les personnages. De même, la psychose ambiante du segment de Ringo Lam est mis au second plan puisque tout le monde ne pense plus qu'à survivre ce qui laisse cette problématique totalement en suspend. Haletant et chaotique, ce segment l'est toutefois beaucoup moins que le reste, et tout en sacrifiant la possibilité d'un tel enchainement de concours de circonstances puissent arriver, il mise tout sur le rythme et permet aux nœud de se boucler.

Malgré cela, Triangle est un film distrayant et efficace. Le scénario souffre de quelque longueurs, surtout lors du deuxième segment, ainsi que d'excès dans les détours que prend l'histoire et les personnages sans entacher la réalisation des trois têtes pensants ni le jeu des trois acteurs principaux. Entre la course de relais et le cadavre exquis, Triangle offre tout ce qu'un polar de Hong Kong peut promettre pour un patchwork cinématographique de qualité inégale.

Sweet tooth de Jeff Lemire (Vertigo) 2009


Inspiré de "L'homme invisible" d'HG Wells, The Nobody marquait l'entrée de Jeff Lemire chez Vertigo. Fait rare chez l'éditeur, celui-ci illustre ses propres histoires d'un style "simple en apparence" (comme le fait remarquer Jeff Smith dans la citation qu'il apporte au dos du volume de "The Nobody") qui sied parfaitement à ses personnages mystérieux aux intentions tout aussi "simple en apparence".

Le personnage principal de Sweet tooth est un jeune enfant dont le caractère ne le distingue pas des autres enfants de son âge. Naïf et encore ignorant de bien des choses, il vit avec son père dans une cabane au fin fond d'une forêt. Dissimulé du reste du monde, l'enfant ignore donc que la présence ses petites cornes de cerf sur sa tête le distingue et le rende l'objet de convoitise. Bientôt forcé à partir de chez lui en compagnie d'un mystérieux homme dont les bonnes intentions ont tout l'air d'être mensongères, Sweet tooth (prénommé ainsi par ce même homme pour son gout pour les sucreries) doit quitter la forêt et découvrir ce qu'il reste du monde.



Ce type de récit post apocalyptique n'est pas étranger à l'éditeur américain dont diverses publications précédentes comme Y the Last Man ou Preacher fonctionnaient sur le même principe de découvertes progressives d'un univers au cours d'un voyage semi initiatique. Le héros de Sweet tooth n'est toutefois pas un adulte mais un enfant dont le regard est amené à évoluer au fil des rencontres et des découvertes. Son destin est aussi amené à être lié à celui de ce monde détruit. Est il un symbole d'espoir ou un nouvel être amené à se perdre dans la violence environnante?

Malheureusement coloré, surement pour des raisons de publication et d'accessibilité à un plus large public, Sweet tooth aurait gagné à conserver le même jeu tricolore (bleu, blanc et noir) que The Nobody. Hormis cela, Lemire maitrise tout autant sa narration en jouant sur les dialogues et les visuels comme les meilleurs scénaristes / dessinateurs savent le faire. Maitre de son art du mot jusqu'au trait, il tient le lecteur par la main dans ce nouvel environnement et le découvre en mêlant l'assurance de ce mystérieux homme et la peur et l'espoir de son jeune protagoniste.

Sweet tooth est tout ce que The Road de Cormac McCarthy aurait pu être, en terme d'histoire post apocalyptique, et ce n'est pas peu dire pour un auteur aussi fantastique que Cormac McCarthy.

Vengeance de Johnnie To (2009)


Le miracle de l'industrie du cinéma est de concentrer toute l'attention du marketing sur son élément le moins réussit tout en réussissant a vendre le dit film. Johnny Hallyday sur la couverture. Son nom au-dessus du titre. Deux fois en photos au dos de la jacket. Trois citations de journalistes se joignent au cœur pour et passe une bonne dose de cirage sur la "performance de "l'acteur".

Contrairement à To, il n'est pourtant que l'ombre de lui-même. Parfait dans son interpretation physique d'un homme brisé et fatigué, toutes ses répliques sont plates. Vides. N'ayant pas regardé la version française je ne peux pas affirmer si il se rattrape en se doublant mais dans la version originale toutes ses répliques en anglais sont récités comme si il ne les comprenait pas. Il en vient même à déclarer lors d'un dialogue "They killed my family" sur le même ton qu'il aurait pu dire "I'm going to buy a new pack of cigarettes".

Pourtant, Johnny To ne s'est pas trompé en le choisissant pour interpréter ce rôle d'un homme en quête de vengeance. Brisé par la vie, le meurtre de la famille de sa fille l'amène jusqu'à Macau où il trouve un trio de tueur pour l'épauler. Habitué aux films de To, Suet Lam (toujours dans son rôle de rondouillard maladroit mais sympathique), Ka Tung Lam et Anthony Wong Chau-Sang (jouant respectivement le truand infiltré et le commissaire dans Infernal Affairs 1) n'ont pas mal à retrouver leurs marques dans un registre qu'ils maitrisent parfaitement. L'interprétation de ce trio permet au film de trouver son véritable souffle en soutenant Hallyday, autant dans leurs rôles que dans leur jeu.

La photographie est à un niveau rarement vu dans un film de Johnny To. Le jeu d'ombre et lumière superbe atteint son paroxysme dans la scène de combat du parc et la scène finale opposant Hallyday, malheureusement (pour lui) parfait dans un rôle d'homme à bout de souffle et de vie, et Simon Yam (parfait dans son rôle de truand stéréotypé mais efficace).

Efficace car rodé dans l'art du film noir et du duel de flingues, Johnny To offre à Hallyday un rôle parfait au milieu d'une petite troupe d'acteur tous aussi efficace que leur réalisateur attitré. Ce n'est cependant pas la personnalité de l'acteur ni du chanteur qui vient soulever ce film mais bien le scénario et la maitrise de ses rouages que To emploie pour faire de ce film une histoire efficace et originale. Décrit au dos du DVD comme un "film d'action", Vengeance est d'avantage un polar hong-kongais marchant avec assurance sur la frontière entre le film noir et une humanité douce et réconfortante.

Sunday, January 10, 2010

Batwoman - Detective comics #860 (DC Comics)


Présenté il y a deux ans à la presse, le projet Batwoman a finalement éclot l'année dernière avec une équipe créative tel que l'on n'aurait pas pu fantasmer une meilleure. Greg Rucka, créateur de Queen and Country et de Whitehout, deux histoires d'espionnages menés par des personnages féminins au caractère fort, parfait pour mener la destiné d'une lesbienne que l'on désirait loin du 95D et du bikini en latex, au scénario et JH Williams (Promethea, Desolation Jones) au dessin. Au dessin mais aussi au design des pages qu'il est justifié de qualifier d'architecture tant la complexité des doubles pages évoque alcôves des cathédrales.

Cette même complexité qui aurai pu troubler la lecture et la compréhension est adoucis par l'utilisation d'un style plus clair néanmoins riche en angle de vue oblique. Elle est bien loin la ligne claire mais elle est tout de même assimilé De même, le coloriste Dave Stewart comble l'influence Art Nouveau du graphisme pour appuyer encore un peu plus la distinction entre ce personnage et le reste de l'univers de Batman.



Les clichés ne sont donc pas simplement évités mais contournés de plusieurs kilomètre en empruntant des routes de campagnes au décors nouveau et rafraichissant. La construction du mythe se fait pourtant en suivant les traces de celle qui entoure le mythe de l'homme chauve souris. Meurtre, besoin de justice et besoin de la rendre à sa manière. Les leçons ont toutefois bien été apprises et sans parler de réalisme puisque l'on traite tout de même de loups garous, de vengeurs masqué(e)s et de criminels psychopathes possédés par Alice au pays des Merveilles, Rucka et Williams III construisent surtout une histoire qui tiens debout. Elle court même depuis le premier numéro et ne s'essouffle pas en gonflant ses poumons à chaque nouveau numéro.

Les mystères s'éclaircissent et en créent de nouveau. L'intrigue rappelle celle de séries dont les intrigues à tiroir se découvrent au fur et à mesure que chacun s'ouvre pour découvrir de nouveaux éléments de l'intrigue. Judicieux choix que d'avoir incorporer directement cette histoire dans une série possédant son lectorat au lieu de risquer le bide avec un numéro 1 uniquement soutenus par le buzz et la hype de l'évènement.



Même l'histoire supplémentaire incorporé en fin de numéro s'améliore. Les premières histoires, pourtant scénarisés par Rucka, manquaient de toute la classe du personnage titre. DC Comics aurait-il voulu regrouper toutes ses lesbiennes dans un même comics ? Les deux personnages venant de se rencontrer et d'établir une relation dans la série titre, l'incorporation de cette nouvelle incarnation de The Question (bien que je préfère encore largement sa version masculine scénarisé par Denis O'Neil) se justifie et s'améliore progressivement. Toute l'attention est cependant porté, et à juste titre, sur cette femme chauve souris devenu bien plus qu'un gimmick. La course continue, le scénario prend de l'élan et s'impose comme un outsider totalement inattendu.

Saturday, January 09, 2010

Daytripper #01 de Gabriel Ba et Fabio Moon (Vertigo) 2009


Dessinateurs de différentes histoires scénarisés par Gerard Way (The Umbrella Academy), Matt Fraction (Casanova) et Sugar Shock (Joss Whedon), les jumeaux Gabriel Ba et Fabio Moon proposent aujourd'hui leur première série après un recueil d'histoires courtes intitulés De-tales. Accompagné de tels talents, les jumeaux ont pu continuer leur apprentissage de la narration pour construire aujourd'hui ce premier chapitre surprenant.

Daytripper raconte pour le moment l'histoire de Bras de Oliva Domingo, journaliste chargé de rédiger les nécrologies d'un journal et romancier à ses heures perdues. Pour le moment car la conclusion de ce premier numéro est pour le moins surprenante quand toutes les pages d'une histoire sont consacrés à introduire son décès.

Oui, voilà, c'est dit. Désolé de vous gâcher la surprise mais le héros de cette histoire meurt à la fin de sa première histoire. Si celle ci ne devait rester qu'une épitaphe à un personnage de papier il y aurait tout de même là de quoi en vanter les mérites. Cependant, le chiffre 1 situé en haut à gauche de la couverture, en dessous du logo Vertigo, signifie bien que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

La vie de notre héros l'est pourtant. Entre les amis, sa petite amie, son chien, sa famille et ses regrets, les vingt quatre pages de cette histoire n'ont rien d'exceptionnel. Tout se trouve dans la narration. Celle qui doit autant à Joss Whedon, pour les dialogues, que pour la densité d'information par case de Matt Fraction. Bien que celles ci ne soient pas particulièrement chargés en détails technique (comme dans The Invincible Iron Man de ce même auteur), Daytripper illustre un portrait psychologique dense et superbement construit. Tout est parfaitement maitrisé, des regards jusqu'aux respirations dans les conversations. Les jumeaux, Gabriel au dessin et les deux au scénario, aiment la bande dessinée et en connaissent tout les rouages. C'est là l'évidence même et Daytripper le prouve sans peine par un récit et une ligne clair sous une couverture superbe.

Garde à vue de Claude Miller (1981)


Après avoir craché sur le cinéma français pendants des années pour son manque d'originalité. Pour avoir répété des clichés de son glorieux passé. Voilà que je le prends d'assaut par le plat de résistance. Le coup de massue magistrale sans fausse note.

Claude Martino (Michel Serrault), notaire parisien, est convoqué au commissariat par les inspecteurs Belmont (Guy Marchant) et Gallien (Lino Ventura) pour être interrogé en sa qualité de témoin du meurtre d'une fillette qu'il a retrouvé sur un terrain vague. D'abord accueillis pour préciser quelque point de détails sur son témoignage, la rencontre se transforme en interrogatoire et d'interrogatoire en garde à vue. Belmont, Gallien et Martino jouent leurs cartes, échangent. Au fil de la discussion le couple Martino (dont la femme est joué par Romy Schneider) se dévoile dans toute sa complexité et son histoire dévoré par les mensonges, ou tout simplement les évidences que l'on n'ose pas avouer de peur que la bonne société n'en parle.

Magnifiquement filmé par Claude Miller dont la réalisation sobre donne tout l'espace nécessaire à des performances d'acteurs singulière, Garde à vue laisse à bout de souffle. Les pièces se mettent en place lentement tout au long d'une heure et demi de tension installé doucement et maintenu encore et encore par une intrigue à tiroir dont le dernier volet n'apparait que dans les dernières images de cette tragédie.

Adapté d'un roman de John Wainwright ("A table", découvert par Michel Audiart, dialoguiste de ce même film), Garde à vue aurait très bien pu l'être d'une pièce de théâtre. Le déroulement de l'intrigue se fait en vase clos. Les quelques scènes de flashback n'interviennent que pour éclairer l'intrigue mais la performance des acteurs suffit a posséder l'écran de toute leurs performances. On aurait pu craindre pour Romy Schneider dont le personnage n'intervient que tardivement après trois quart d'heure d'un échange formidable entre un trio d'acteur possédé par leurs rôles, mais la sensualité de sa voix et de son regard suffit à envouter tout comme Ventura semble l'être devant elle.

Il faut aussi dire quelque mots sur les dialogues de Michel Audiart mais quoi? Les siens suffisent amplement. Ceux qu'il met dans la bouche des personnages les rend tantôt amicaux, tantôt désagréable. Dans ce tango émotionnel on ne sait qui croire et qui défendre. Le coupable est il innocent ou cherche t'il à se protéger. Et l'inspecteur Gallien ? Est-il aussi détaché de son interrogatoire qu'il l'affirme ? Garde à vue est un jeu de faux semblant comme j'en ai rarement vu au cinéma. Un maître étalon avec lequel le film noir doit se mesuré ainsi que le cinéma français dans sa globalité. Alors, on m'excusera maintenant d'être encore plus dubitatif sur la qualité des sorties récentes quand le glorieux passé de ce pays l'était à ce point.

Tuesday, December 22, 2009

A snake of june de Shinya Tsukamoto (2002)


Shinya Tsukamoto n'est pas homme a se limiter à un genre et il s'attaque donc ici à l'érotisme. Cependant, l'érotisme de Shinya Tsukamoto n'est certainement pas celui de M6, RTL9 et Playboy et ne compte donc pas satisfaire un quota de femmes nues et de scènes de sexe simulés. A snake of june est un tryptique au cours du quel les pulsions de trois personnages vont se révéler au travers des désirs refoulés par la société japonaise.

Rinko Tatsumi (Asuka Kurosawa), jeune conseillère dans un centre d'appel, aide des inconnus à trouver le courage de vivre et de dépasser leurs peurs. Marié à Shigehiko Tatsumi (Yuji Kohtari), obsédé par la propreté, apparemment plus âgé qu'elle, ses désirs sont réprimés par une vie de couple dénués de sexualité et de sensualité (la révulsion de Shigehiko pour la propreté ou les odeurs en sont des manifestations) mais vont être révélés par Iguchi (Shinya Tsukamoto) au moyen d'un chantage.

Ce mystérieux voyeur soumet des clichés intimes à Rinko pour la forcer à "révéler ses propres désirs". Contrainte pour que ne soit pas révélé ses plaisirs secrets, elle va rentrer dans le jeu au prix de sa fierté et de sa peur du regard et du jugement des autres. Il est alors important de préciser que la honte des femmes peut-être très prisé et fait l'objet de films érotiques au Japon. Etrange et même douloureuse, cette épreuve peut donc être percu comme une scène érotique pour un public japonais.

Toutefois, à l'issu de cette épreuve, Rinko va progressivement devenir maîtresse du jeu auquel elle a été contrainte et s'affirmer comme femme. La deuxième partie du film peut donc commencer pour se focaliser sur le personnage de Shigehiko. A snake of june devient alors le théâtre de l'évolution du rapport entre les sexes au sein de la société japonaise. Contraint à des horaires de travail et à un régime d'entreprise épuisant, les hommes ne domine plus autant les femmes qui s'affirment sexuellement beaucoup plus qu'eux. Le couple va donc progresser devoir s'épanouir au sein de cette nouvelle relation dans laquelle Iguchi jouera le rôle d'electrochoc.

Visuellement proche de Bullet ballet, Tsukamoto retourne aussi, l'espace de la première dans le grand magasin, au style nerveux qui caractérise ce film. Un mélange de lumière bleu et grise recouvre la pellicule pendant toute la durée du film aux plans superbes capable de saisir l'intensité de l'évolution du personnage de Rinko. La scène de strip tease sous la pluie avant le dernier quart d'heure de film en est même un des moments les plus intense où la jeune femme exprime par un érotisme catharsique toute la douleur et le désir qu'elle a réprimée. En conséquence, le personnage de Shigehiko paraitrait presque terne si son évolution pareille, mise en image par des scènes oniriques (évoquant "Brazil" malgré la différence de registre des deux films) comme celle que l'on aperçoit sur la couverture.

En dépit d'une histoire complexe conté de manière chaotique, la puissance d'A snake of june triomphe grâce au talent de réalisateur et de photographe de Tsukamoto et l'interprétation de son actrice principale. Encore une fois, l'originalité de Tsukamoto dans un genre aussi stéréotypé que l'érotisme s'exprime dans une histoire complexe où sont à la fois retranscrit le malaise de la société japonaise et les difficultés d'un couple a exprimer leurs désirs.

Monday, December 21, 2009

Vital de Shinya Tsukamoto (2004)


Très loin de la violence des films qui l'ont fait connaitre de son public, Vital explore toujours la question du corps, cher au réalisateur Shinya Tsukamoto, mais aussi celle de l'âme. Riche, aux images superbes et au jeux d'acteur nuancé, Vital interroge de nombreux point dont celui de la relation entre le corps et l'esprit. Où se situe l'âme et comment la définir?

Un étudiant en médecine, Hiroshi Takagi , joué par Asano Tadanobu, victime d'un accident de la route à l'issu duquel il a perdu la mémoire, reprend ses études. Il se retrouve alors dans la même classe qu'une mystérieuse jeune fille, Ikumi, interprété par le modèle prénommé Kiki. Fasciné par la beauté mystérieuse du jeune homme, elle va alors tenter de l'approcher et rejoindre son groupe de dissection. C'est durant celui-ci que l'esprit encore fragile de Hiroshi va être mis à mal quand il prend conscience que c'est le corps de sa compagne défunte, lors du même accident de voiture qui lui couta la mémoire, qui se trouve sur sa table.

Commence alors un voyage intérieur où la découverte du corps de Ryoko, que la danseuse Nami Tsukamoto joue dans les nombreuses scènes où Hiroshi se souvient de leur relation étrange, entre désir de vie et de mort, lui permet de se redécouvrir mais aussi de transmettre encore une part de vie au père de la défunte à qui il fait progressivement part de ses souvenirs. La frontière entre le corps et le subconscient est alors franchit par la dissection du corps et les souvenirs déterrés de l'esprit d'Hiroshi forment alors l'âme de la défunte.

Pris dans cette tourmente, Ikumi sera plus qu'un témoin mais aussi une actrice de cette spirale intérieur dont tout les compagnons d'Irochi s'éloigne avant d'être emporté par son obsession. D'un romantisme troublant, la réalisation superbe de Tsukamoto éclaire d'une lueur, entre rêve et réalité, les tréfonds de l'esprit et du corps. La douleur est toujours psychique, et bien que l'on observe parfois des étudiants au travail, la vision de ces corps n'est pas utilisé comme un ressort de dégout mais traité avec révérence et fascination. Vital ose interroger et montrer des êtres dans toute leur fragilité, autant psychique que physique, au court d'un voyage spirituel pour retrouver le désir de vivre.

Haze de Shinya Tsukamoto (2005)


Enfermé dans un espace confiné, un homme amnésique rampe sur le béton et tente de comprendre comment trouver une sortie et comprendre pourquoi il a été enfermé ici.
Quarante minutes de torture physique pour le personnage principale et le spectateur, compressé par un écran tout les deux aussi restreint dans leur champ de vision. Interprété par le réalisateur même, Shinya Tsukamoto, Haze est un film d'auteur dans tout les sens du terme. Seul deux personnages interviennent durant toute la durée du film. La caméra est focalisé sur le visage de l'acteur et sur son corps. Comme a son habitude, la chaire est le sujet centrale de ce film. Celle du "héros" mais aussi celle des défunts, démembrés et abandonnés dans les couloirs exigus de cette espace non identifié, flottant dans un bassin noire et rouge, sans qu'aucune justification ne soit donné à ce massacre.

Les raisons de l'enfermement n'ont absolument aucune importante. Seul compte le sentiment de compression et le besoin de se libérer. Chercher aussi un propos à ce film est peut-être aussi vouloir trop en dire. L'objectif principal est de comprendre l'importance de la liberté de mouvement que nous prenons pour acquise. Le corps est vie, bien plus que l'esprit. La rencontre de la chaire vivant permet l'expression des sentiments et la montée d'un espoir, d'un désir de vie.

En se concentrant sur la perception d'un personnage tout aussi perdue que le spectateur, Tsukamoto crée un climat capable de rendre un scénario focalisé sur le seul ressentit du personnage vraiment intense et prenant. Pourtant, rien ne se passe véritablement durant ce film. Haze est un ovni au sens où il n'emprunte aucun shéma classique. C'est une nouvelle mise en image avec la même volonté d'immersion et d'aboutissement que Tetsuo dans un univers ne comprenant aucune référence connue (alors que Tetsuo pouvait au moins s'insérer dans l'univers cyber punk).

Plus une expérience qu'une histoire, Haze plaira surtout aux fans du réalisateur et aux curieux dont l'absence de narration générale, de morale ou de sens, n'effraie pas. Entre fantastique, horreur et introspection, Haze franchit le pas et réussit un exercice de style étrange mais malgré tout satisfaisant.

Wednesday, November 25, 2009

Shivering sands de Warren Ellis (lulu.com)


Entièrement édité par Ellis et son collaborateur de longue date, la dénommé Ariana, Shivering sands est une collection d'essais publiés par Bad Signal, la mailing list de l'auteur, divers articles et quelque pages de post twitter. Assouvissant ainsi un besoin personnel de collecter ses propres écrit tout en proposant une compilation d'écrits trop variés pour être relié par un thème autre que son propre nom, Ellis montre le chemin vers une auto édition moins couteuse que l'édition à compte d'auteur et débarrassé du filtre de la maison d'édition.

Celui-ci est essentiel dans le monde de l'édition mais inutile pour des articles à la liberté de ton garantit par le public de passionné auquel il s'adresse. D'après mes souvenirs, aucune modification n'a été apporté aux anecdotes ou aux flash de chroniques musicales d'Ellis. Ses posts Twitter, dont le fantastique enchainement de post sur sa manière de consommer de la viande, sont reproduits sur un support toujours aussi pratique (quoi qu'en dise Amazon et son kindle) pour une plongée tête la première dans le monde d'un Ellis franc qui ne parle qu'en son nom de ses obsessions, ses idées, sa vie, sa cuisine et ses anecdotes d'auteurs touche à touche dont le travail ne connait pas de frontière entre les médias.

Les fans de longue date de Warren Ellis n'apprendront rien de nouveau en lisant ce recueil mais tous ceux dont la passion n'atteint pas le besoin d'être connecté 24 / 24 au cerveau de leur auteur favoris retrouveront assez de traces du génie de l'auteur de Transmetropolitan, Desolation Jones et The Authority pour y mettre la somme demandé.

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Saturday, October 24, 2009

Placebo - Rock sur ordonnace de Thierry Desaules (Editions Alphée - Jean-Paul Bertrand)


Quinze années de Placebo et toujours autant de passion autour de ce groupe. "Nancy boy" m'avait, moi aussi, marqué à sa sortie. Le style et la voix de Brian Molko impressionnait alors ma petite tête d'ado. Un peu plus tard "Nancy boy" me reste à l'esprit grâce a un très beau clip. Placebo a l'art de la mise en scène mais pas celui de garder mon attention. J'oublie tout ce que peux bien représenter ce groupe pour un adolescent jusqu'à la lecture de cet ouvrage consacré à la carrière et, surtout, à la vie de Brian Molko.

Thierry Desaules, journaliste de profession, y raconte dans les moindres détails l'enfance du trio, la formation du groupe et les événéments marquants, médiatiques et personnels. Entre les extraits d'interviews du groupe, de proche et de collaborateurs, Desaules détaille les influences avoués des musiciens et leurs envies. Sa voix, en revanche, celle du journaliste, est mise sous silence pendant toute la durée du livre. Je peux comprendre que l'on soit fan d'un artiste et qu'on l'aime suffisamment pour y consacrer deux cent pages. En revanche, je suis très étonné de l'adulation que celui-ci porte aux moindres faits et gestes du groupe. Chaque concert, chaque chanson, chaque nouvel album est présenté sous un angle positif, enthousiaste.

"Rock sur ordonance" n'est pas qu'une ode à Placebo, c'est une profession de foi. Les témoignages de fans qui occupent la vingtaine de pages, avant la discographie détaillée, viennent asseoir cette impression de culte. Brian Molko est un être unique et fascinant dont le regard seul émerveille et guérit quand il se porte sur ses fans. Celles-ci en chantent les louanges et l'on peut se douter qu'il en est de même pour l'auteur tant sa propre voix ne fait qu'accompagner en cœur le sentiment d'exaltation qui entoure le groupe et sa musique.

Admiration sans limite pour le groupe mais aussi pour tout ses collaborateurs. Lors d'une partie consacrée à l'enregistrement de l'album de reprise de Serge Gainsbourg par des artistes français et internationaux, on apprend donc que Françoise Hardy est "l'icône absolue des rockers britanniques". Tout le monde n'est pas seulement beau et gentil mais aussi fantastique, talentueux et génial. Un débordement de louanges fatigantes pour le regard critique que je porte sur ce groupe dont je ne suis pas fan. Il est donc probable que les fans désireux de lire une biographie détaillée de l'artiste y trouveront leur compte. D'analyse journalistique et musicale, l'auteur n'en fait aucune et s'arrête donc à détailler succinctement la biographie des groupes et artistes que les musiciens reconnaissent comme influence.

Claire et facile à lire, cette biographie se veut détaillée et complète et n'use d'aucun effet de style. Une décision un peu surprenante puisque l'auteur a déjà écrit un roman et aurait pu démontrer ses prouesses littéraires à quelques occasions. Or, en dehors de la première page servant de description à la ville d'enfance de Brian Molko, l'auteur use d'un style dénudé et riche en adjectifs dithyrambiques pour raconter l'existence de Placebo. Comme si le groupe devait être adoré sans jamais questionner chacun de ses faits et gestes. Ses défauts plairont peut être aux fans passionnés comme ceux dont la foi enthousiaste sert de conclusion approprié à cet ouvrage.

Saturday, October 03, 2009

Thirst de Park-Chan wook


Sang-hyeon, prêtre coréen désespéré de sauver des vies et de ne pas juste prier pour leur salut dans l'autre-monde, rejoint un centre de recherche africain sur le virus Emmanuelle. Similaire au virus Ebola dans ses effets, le virus Emmanuelle est meurtrier et ne laisse aucune chance de survie à ceux qui en sont infectés. Des 500 personnes infectés volontairement par le virus, Sang-hyeon sera pourtant le seul survivant après avoir été transfusé d'une dose de sang d'origine d'inconnu. A l'insu du personnel médicale et de lui-même, à son retour en Corée, il se transforme progressivement en vampire et le gout du sang devient irrépressible ainsi que celui de la chaire.

Thirst, neuvième film réalisé par Park Chan-Wook (JSA, Old Boy, Lady Vengeance), l'un des chef de file du cinéma coréen et l'un des réalisateur les plus talentueux de sa génération, entreprend de se réapproprier le mythe vampirique. Érotique, sanglant et romantique, Thirst use des codes du film de vampire pour raconter la découverte progressive de la vie par un prêtre dont l'existence a toujours été tourné vers les autres.

Sang-hyeon n'embrasse pour autant pas ses nouveaux dons et son ouverture sensorielle (les vampires sont ici dotés d'une force surhumaine, de sens sur-développés et d'un pouvoir de régénération) et interroge sa foi chrétienne. Tout au long du film il évoluera dans sa manière de considérer sa propre nature jusqu'à un final mémorable et silencieux. Thirst diffère donc très fortement d'un conte fantastique comme Old Boy dans son calme où se mêle violence, touches d'humour grinçants et érotisme (qui "rend manifeste la dualité, la multiplicité incluse dans l'unité" selon l'anthropologue Jean-Pierre Vernant). Le pacte scellé par l'acte sexuelle entre Sang-hyeon et Tae-joo est tout aussi centrale que dans Old boy. L'attention est alors porté sur les détails, le jeu de regard. Les acteurs ne produisent pas une scène fantasmé mais tout simplement réaliste où deux êtres apprennent a s'aimer dans une étreinte charnelle puissante et forte en symbolisme.

Le scénario passe donc au second plan puisqu'il, somme toute, assez prévisible. Le jeu des symboles, les scènes se retrouvant en écho durant le film (le discours de Sang-hyeon dans le confessionnal et celui qu'il tiens plus tard à Tae-joo sur le suicide ou les préliminaires de l'acte sexuelle reproduit lors de la scène de la "résurrection") et la mise en image des tourments des personnages forment la majeur partie du film sans que le réalisateur ne perde le rythme de son œuvre. Je ne suis donc pas ennuyé une seule seconde, ni n'ai eu besoin de regarder ma montre durant la projection, tant j'étais absorbé par la beauté des images et le jeu des acteurs.

Ainsi, Kang-oh Song ne manque pas à sa réputation et prouve qu'il est capable d'interpréter des personnages extrêmement variés (voir ses performances dans Memories of murder, sa folie dans Le Bon, la Brute et le Cinglé et les transformations de sa personnalité tout au long de Thirst, tant innocent, enjôleur, dominant, dominé et résigné). Quand à Ok-vin Kim, elle excelle dans un rôle de femme frustré devenant progressivement manipulatrice pour finir par être un véritable chat quand elle joue avec ses victimes.

Park-chan Wook continue donc de faire évoluer son cinéma et use de ses leçons apprises dans ses précédents films. Thirst use de l'absurde et du développement subtile des relations amoureuses de I'm a cyborg tout en retournant vers la beauté épique et déchiré de Lady vengeance. Park Chan-wook wins again.

Sunday, September 27, 2009

Videodrome de David Cronenberg (1983)


Réalisé en 19823, soit un an après ma naissance, la vision cyber punk des années 80 qu'invoque Videodrome pourrait tout autant s'adapter au 21ième siècle si l'on le débarrasse des traces laissés par la mode de l'époque. Visionnaire est le mot.

Max Renn, directeur d'une chaine cablée où sont diffusés des films érotiques et violents, est à la recherche de la prochaine stimulation visuelle qui attirera le public. La découverte d'un programme pirate intitulé Videodrome par un de ses techniciens va le plonger sur la trace d'un programme irréel où l'on assiste à des scènes de tortures gratuites. Invité a une émission de télévision, il fait la rencontre d'une présentatrice d'émission radio, Nikki Brand, et d'un Marshall MacLuhan allumé prénommé Brian O'Blivion. Chacun va alors prendre place dans l'enigme Videodrome jusqu'à ce que le programme finisse par engloutir son être et sa santé mentale.

Tout en étant marqué par la technologie maintenant dépassé de l'époque, Videodrome est la porte ouverte vers de nombreux concepts sur l'influence de la télévision sur notre psychisme et la place des médias dans notre société dans un fantasme cyber-punk. Une heure et demi et Cronenberg construit un thriller futuriste permettant la rencontre de l'érotisme, de la machine, de concepts ayant traits aux sciences de l'information en oubliant pas quelques effets gore absolument pas gratuit. Pourrait on faire aujourd'hui un film pareille et se permettre une sortie en salle aussi importante ?

Incroyablement intelligent et complexe, les idées que véhicule Videodrome ont ensuite été maintes fois réutilisés dans des films aussi variés que Matrix et Tetuso. L'influence du psychisme sur la réalité. La rencontre de la chaire et de la machine. Ce n'est pas un hasard si ce même réalisateur canadien a ensuite réalisé Crash, l'adaptation du roman de JG Ballard, et le Festin nu, l'oeuvre majeur de William Burroughs, deux des auteurs les plus important du 20ième siècle. Le réalisateur prend ainsi sa place dans le panthéon grâce a des images aussi marquante que cette pénétration d'une vidéo cassette dans l'orifice en forme de vagin qui s'ouvre sur le corps de Max Renn ou les dernier mots de ce même héros / anti-héros incroyable. "Long live the new flesh". Un point finale suffisant pour un monument qui vit encore aujourd'hui et continue de se prolonger dans l'esprit de nombreux autres créateurs.

Tuesday, September 22, 2009

Rip it up and start again (post punk 1978 - 1984) de Simon Reynolds


Pour un gamin à l'investissement tardif dans le monde de la musique, vers 17 ans avec Follow the leader de Korn, le post punk ne voulait rien dire. Né en 1982, deux ans après la fin, je n'en aurais pas même vu les crédits se dérouler à l'écran. C'est en lisant la presse anglais, milieu d'où proviens l'auteur de ce dit livre (aussi auteur de Energy flash : a journey through rave music and dance culture et Blissed out : the raptures of rock) que les noms de Pere Ubu, Joy Division et Cabaret Voltaire ont commencé a se répéter dans les chroniques. Auparavant, les articles de Rock sound m'avait inculqué quelques notions tout en me baignant dans ma douce innocence de fan de neo metal français (chacun son fardot). Rip it up and start again est donc la découverte d'un univers devant lequel j'ai slalommé jusqu'à présent mais que Simon Reynolds réussit a rendre attractif et vivant.

Véritable archiviste du moindre single ou des changements de personnels, Reynolds mêle a sa passion pour ces groupes la rigueur d'un journaliste musicale mélomane et érudit. Les traits se tracent entre les époques et les pays pour recréer la genèse de The Fall, Joy Division, Public Image Ltd et même Frankie Goes to Hollywood dans un des derniers chapîtres.

Plus que l'histoire d'un mouvement, Rip it up and start again est l'histoire d'une mentalité qui s'est exprimé dans la scène post punk britannique, les débuts de la musique electronique, la scène no wave, l'avant garde new yorkais, les débuts de l'indus, le gothic et la musique pop dans sa globalité. Les extraits d'interviewés sont décortiqués, placés dans leurs contextes et enrichit de la perspective de l'auteur. Les chapitres sont donc denses et riches en information mais le tout est fluide.

A l'instar de Michael Baxandall, historien de l'art auteur, entre autre, d'une analyse de la peinture italienne, Simon Reynolds retrace les sources d'influences et permet au contexte historique de prendre sens. Enthousiaste et passionnés, il agit comme un vrai chroniqueur en ne donnant pas simplement son avis mais en le replaçant dans une optique claire qui permet de se former sa propre opinion. 537 pages et assez peu d'illustration, une bibliographie fournit et des milliers de références de chansons que les l'on peut ensuite traquet sur d'obscures compilations ou sur de grands classiques vendus à prix réduits, Rip it up and start again dégage la même énergie et le même enthousiasme a parler de ces groupes qu'eux même ont eu a créer certains des monuments les plus importants de l'histoire de la musique. Un hymne à la créativité et à l'inventivité qui ne s'effondre jamais dans la nostalgie.

Saturday, September 12, 2009

Moon de Duncan Jones


Réalisé par Duncan Zowie, le fils de David Bowie dont l'anonymat n'aura pas fait long feu, Moon est son premier long métrage après un court en 2002 (Whistle). Sam Bell (Sam Rockwell), un astronaute au commande d'une station lunaire servant a renvoyer du carburant sur Terre pour le compte de Lunar Industries, n'a plus que deux semaines à tirer avant de rejoindre sa femme et sa fille et de quitter cet environnement où il vit avec GERTY (doublé par Kevin Spacey), l'ordinateur de bord chargé de la maintenance de la base. Fatigué et fleurtant avec la dépression, Bell est victime de son inatention quand, lors d'une sortie, il a un accident. Le premier twist, qui est révélé dans la bande annonce, ne tarde pas a se dévoiler puisque en retournant sur les lieux de l'accident, Sam Bell va découvrir un homme en tout point identique à lui.

La suite du scénario est alors assez prévisible pour un habitué des intrigues de science fiction. La force de Moon est alors de ne pas perdre le spectateur grâce à l'interprétation maitrisé d'un Sam Rockwell qui se dédouble à l'écran pour jouer un personnage physiquement identique mais fondamentalement différent dans sa perspective des événements. Tout au long de l'heure et demi, l'action ne tourne pratiquement qu'autour de lui et il se porte à la hauteur de la tâche qu'il lui incombe pour faire de Sam Bell un être humain fragile et touchant.

Moon porte aussi la marque d'un réalisateur prometteur qui se révèle surtout dans la dernière partie de son film. Segmenté par un abus de fondus enchainé au début, la réalisation devient beaucoup plus intéressante par la suite dans l'univers confiné de la base lunaire où tout se déroule. Les scènes en "extérieurs" n'abusent donc pas des effets spéciaux futuristes dont Moon aurait pu se barder pour justifier sa place de film de science fiction. Comme dans les bons romans du genre, Zowie préfère privilégier le développement d'une problématique pour interroger le spectateur sur un futur probable tout en mettant en scène, plus qu'un environnement futuriste mais une situation dramatique.

L'intelligence du réalisateur a donc été de mettre au centre de son film un acteur époustouflant dont l'interprétation est mise au service d'un scénario de science fiction dramatique et intelligent. Pas totalement à la hauteur de mes espérances du fait d'une réalisation encore un peu hésitante, Moon laisse toutefois un arrière gout amer bien prononcé une fois la dernière image projeté. Preuve que l'on vient de voir plus qu'un divertissement mais une tranche de vie d'un personnage que l'on aura bien du mal a oublier.

Thursday, September 10, 2009

Fear of Music : Why people get Rotkho but don't get Stockhausen de David Stubbs


Tous les lecteurs d'eklektik ont forcemment été une fois confronté à des remarques désobligeantes sur leurs gouts musicaux. Situation classique : un proche, un collègue, un camarade de classe vous demande ce que vous écoutez comme musique ? Attendant une réponse consensuel, du type "un peu de tout sauf du rap et du r'n'b", votre interlocuteur est troublé quand vous lui répondez honnêtement "du metal" ou "des groupes suédois" ou alors quand vous éludez la question en y coupant court pas un très général "du rock en général, du rap, de la musique électronique".

Le malaise s'installe alors de plus en plus quand on vous presse de parler un peu plus de ce que vous aimez et que vous vous trouvez alors obligé de donner des noms de groupes qui ne diront strictement rien à votre interlocuteur. Il faudra en venir alors à l'étape tant redouté : celle du test. Vous passez vos écouteurs et appuyez sur play pour vous les voir retourner au bout de quelque secondes après que l'on vous ai regardé bizarrement ou en souriant, comme si l'on venait de découvrir un secret honteux sur votre personne.

Si ce récit vous semble un peu trop personnel vous auriez raison car j'ai tellement eu à faire avec ce genre de conversation qu'un être humain normal aurait préféré écouter R Kelly plutôt que de continuer a tenter de faire comprendre la musique qu'il aime à de parfaits étrangers (c'est comme cela que l'on fini chroniqueur en général).

La question posé par la couverture m'interpellait donc au plus haut point puisque, derrière le nom de Stockhausen se trouve un annuaire de groupes et d'artistes expérimentaux ou manipulant simplement des sonorités plus abrasives que la moyenne et dont le travail est le sujet de moquerie ou de regard perdus. L'auteur ment alors à son lecteur puisqu'il ne traite pas franchement la question jusqu'à la conclusion où il émet divers théories capable d'expliquer pourquoi la peinture d'avant garde est accepté tandis que la musique d'avant garde reste un mystère que le grand public qui fréquente les musées ne veut pas explorer.

A la place, David Stubbs nous raconte l'histoire de la musique d'avant garde et la musique populaire ainsi que les relations entre le peintre Kandinsky et le compositeur Schoenberg qui voyait réciproquement dans leurs travaux un même objectif ou les expérimentations sonores des futuristes et des dadaïstes. En 130 pages, Stubbs tente de mettre de l'ordre dans l'histoire de la musique et de comprendre pourquoi les avancées musicales ont toujours été repoussés pour réapparaitre ensuite dans les albums de groupes contemporains (il crée par exemple un lien entre Aphex Twin et Stockhausen).

Complexe et dense, l'écriture journalistique et les connaissances érudites de l'auteur font de la lecture de cet essai un passage recommandé pour quiconque s'est déjà retrouvé dans la même situation que moi même et possède un petit bagage dans l'art moderne pour pouvoir se repérer. Ecrit par un passionné pour des passionnés, Fear of Music ne décrypte pas totalement la question mais pose de nombreuses questions intéressantes sur la place de la culture noire dans l'évolution de la musique moderne et les motivations des différents artistes sans lesquels la musique moderne ne serait pas ce qu'elle est (Stockhausen et Cage en première ligne).