Saturday, August 01, 2009

Pluto de Naoki Urasawa (Viz Comics)


Ma première impression après avoir fini de lire ce premier tome de Pluto fut d'avoir lu un chef d'œuvre. Plus j'y repense et plus je continue de croire que c'est un chef d'oeuvre. J'écris donc cette chronique pour appuyer encore un peu plus le trait et le déclamer devant le village globale : Pluto est un chef d'oeuvre ! Oui, vous avez même droit au point d'exclamation.

Pourquoi ? Difficile à dire, comment décortiquer de manière synthétique toutes les qualités d'une oeuvre sans aucun défaut. Il faut donc que je revienne à ce que je pensais avant de lire Plutot : J'avais bien aimé ce que j'avais lu de 20th Century Boy et de Monster mais je n'avais jamais ressenti le besoin pressant de continuer à lire à tout prix son histoire. Trop de volume, trop d'enthousiasme de la part de la presse intello / bobo, trop l'impression que l'histoire va tirer en longueur, comme la plupart des séries, pour tenir en haleine son public. J'ai peut être bien tort mais tel était l'impression que j'avais vis à vis de Naoki Urasawa. Je savais qu'il avait beaucoup grandit depuis Pineapple Army, quand je lisais encore cette série dans les pages de Kaméha, un des premiers magazine français de prépublication de mangas, mais son style ne m'avait toujours pas convaincu.

Aujourd'hui, Pluto me fait revenir sur tout ce que j'ai pu dire et je vais peut être même me lancer dans 20th Century Boy. Pluto est juste aussi bon que ça.
A la sortie du premier volume chez Viz Comics (celui que j'ai d'ailleurs lut puisque la série n'est pas encore publié en France) Matt Fraction (un des scénaristes de comics les plus talentueux actuellement) avait déclaré que Pluto justifiait l'existence de la bande dessinée en tant que média, une hyperbole efficace qui avait attiré mon attention. C'est donc pour cette raison que j'ai acheté ce premier volume et c'est aussi pour cela que je viens vous colporter la bonne parôle : Matt Fraction a raison. Pluto ne justifie pas l'existence de la bande dessinée mais c'est une oeuvre qui exploite tout les mécanismes narratifs avec talent, maitrise et intelligence.

Crée comme un hommage à Tezuka, créateur de Astro Boy, personnage amené a devenir centrale dans cette histoire, ainsi que du détective, personnage principale de ce présent volume, Pluto, énemi d'Astro et de Black Jack, le chirurgien de l'impossible qui entre apparait un instant, Pluto est une réinterpration contemporaine (dans le style) et plus mature (donc complètement seinen) de "The greatest robot on earth". Passé sous le filtre Urasawa, l'univers d'Astro se voit osculter sous l'oeil d'un auteur passé maïtre dans la conception d'un thriller mais aussi dans l'élaboration d'un scénario complexe qui sait laisser de l'espace aux émotions, même quand elles ne sont pas exprimés comme sur le visage robotique de la femme d'un officier de police.

L'une des grandes forces de Pluto est donc la suspension temporelle qu'il utilise avec brio dans de nombreuses scènes en alternant avec des cases sans paroles et avec des échanges statiques où la tension se lit sur le visage metallique, artificiel ou humain. Ensuite, bien que ce premier volume ne soit qu'une introduction aux différentes pistes qui seront explorés par la suite, celles ci sont disséminés a une vitessse constante qui ne laisse donc aucun repos et aucun chapître vide de sens dans la toile complexe qui se tisse.

De plus, l'univers futuriste de Urosawa pioche avec intelligence dans des oeuvres aussi variés que celle de Isaac Asimov (les lois de la robotique que l'on évoque a plusieurs reprises) ou le dessin animé Gatchaman (le robot serviteur du pianiste est un clin d'oeil assez inévitable). Les références sont donc omniprésentes sans jamais qu'elles ne viennent interrompre le rythme de l'histoire ou pollué le cours de la narration. Urosawa sait où il va et a l'image d'un musicien qui se permet de petits mouvements supplémentaires pour impressionner son public, il introduit ces clins d'oeils. Le graphisme n'est bien sur pas en reste et je reste médusé devant des cases où l'on découvre un décors urbain complexe où chaque fenêtre apparait précisemment ou des paysages naturels paisible.

Enfin, plus qu'une histoire complexe, Pluto est aussi une collection de moment subtiles et puissant comme cette échange entre le détective et la femme robot dans le deuxième chapître ou cette fantastique case vers la fin de "North N°2 part 3" où le robot apparait enfin comme bien plus grand que son tyrannique maître pianiste, symbole de la conclusion d'un combat paisible entre l'obstination d'un viel homme et celle d'un robot qui tente tout les deux de dépasser ce qu'ils ont vécus.

Pluto n'est pas encore paru en français mais sa parution est déjà achevé au Japon. Il reste donc encore sept volumes a dévorer. L'avenir me dira si j'ai eu raison de m'exciter. Après tout, après un départ aussi magristrale, Urasawa pourrait me décevoir. Il resterait alors malgré tout un superbe premier volume qui, sans être suffisant, procure des sensations à chaque page. Celles d'être devant une oeuvre unique et formidable tout aussi géniale que celle dont elle s'inspire. Urasawa est en train d'acquérir à mes yeux l'intelligence et la force qui font de lui un digne successeur à l'idéal de créativité et d'originalité qu'a légué Osamu Tezuka à la bande dessinée mondiale.

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